Alors, pendant la dernière demi-heure, ce fut la débâcle. Après l’extrême confiance, l’engouement aveugle, arrivait la réaction de la peur, tous se ruant pour vendre, s’il en était temps encore. Les cours, de chute en chute, tombèrent à 1 500, à 1 200, à 900. Il n’y avait plus d’acheteurs, la plaine restait rase, jonchée de cadavres. Au-dessus du sombre grouillement des redingotes, les trois coteurs semblaient être des greffiers mortuaires, enregistrant des décès.
Un silence effrayant régna, lorsque, après le coup de cloche de la clôture, le dernier cours de 830 francs fut connu. Et la pluie entêtée ruisselait toujours sur le vitrage ; la salle était devenue un cloaque, sous l’égouttement des parapluies et le piétinement de la foule, un sol fangeux d’écurie mal tenue…
Il est inexplicable que nous soyons vivants. Je remonte, ma lampe électrique à la main, les traces de l’avion sur le sol. A deux cent cinquante mètres de son point d’arrêt nous retrouvons déjà des ferrailles tordues et des tôles dont, tout le long du parcours, il a éclaboussé le sable. Nous saurons, quand viendra le jour, que nous avons tamponné presque tangentiellement une pente douce au sommet d’un plateau désert.
Une soirée d’été sur une île au large de l’Ecosse. Pôle de convergence des regards et des pensées, Mrs Ramsay exerce sur famille et amis un pouvoir de séduction quasi irrésistible. Un enfant rêve d’aller au Phare. L’expédition aura lieu un beau matin d’été, dix ans plus tard. Entre-temps, mort et violence envahissent l’espace du récit. Au bouleversement de la famille Ramsay répond le chaos de la Première Guerre mondiale.
La paix revenue, il ne reste plus aux survivants désemparés, désunis, qu’à reconstruire sur les ruines. Des bonheurs et des déchirements de son enfance, Virginia Woolf a fait la trame d’une œuvre poétique, lumineuse et poignante qui dit encore le long tourment de l’écriture et la brièveté de ses joies : visions fragiles, illuminations fugaces, » allumettes craquées à l’improviste dans le noir « .
93 conclut le dialogue que Hugo a poursuivi toute sa vie avec la Révolution. 93, c’est la Convention, » assemblée qui a eu un duel avec la royauté comme Cromwell et un duel avec l’univers comme Annibal » et qui a » tranché le nœud gordien de l’histoire « . Immense fresque épique, 93 est aussi l’histoire de trois hommes. Lantenac, l’homme du roi et de tout l’honneur de l’ancienne France. Cimourdain, le génie austère et implacable de la Révolution.
Entre eux Gauvain, neveu de Lantenac et fils spirituel de Cimourdain, aristocrate passé au peuple, que Cimourdain fera guillotiner pour avoir permis la fuite de Lantenac et qu’il suit aussitôt dans la mort. » Au moment où la tête de Gauvain roulait dans le panier, Cimourdain se traversait le cœur d’une balle… Ces deux âmes s’envolèrent ensemble, l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre. «
» Parce que vous êtes « le plus suggestif de tous les peintres », je pense pouvoir vous faire revenir au Maroc par la magie du verbe. Je vous imagine en ce début d’année 1832, jeune homme élégant et réservé, quitter votre atelier de la rue des Fossés-Saint-Germain, laissant derrière vous une lumière retenue, empêchée par un ciel gris et bas d’éclater, une lumière brève et faible à laquelle les Parisiens finissent par s’habituer. Vous sortez de ce quartier et vous vous trouvez, quelques jours après, inondé par une lumière si vive, si pleine et même brutale que vous subissez un choc. Vous êtes à la fris en Méditerranée et face à l’océan Atlantique « . Tahar Ben Jelloun rend hommage à Eugène Delacroix, converti à la lumière lors de son voyage en Afrique du Nord. Mais au-delà du peintre génial, c’est la beauté de tout un pays qu’il célèbre : celle du Maroc.
L’essentiel de La Bête humaine, c’est l’instinct de mort dans le personnage principal, la fêlure cérébrale de Jacques Lantier, mécanicien de locomotive. Jeune homme, il pressent si bien la manière dont l’instinct de mort se déguise sous tous les appétits, l’Idée de mort sous toutes les idées fixes, la grande hérédité sous la petite, qu’il se tient à l’écart : d’abord des femmes, mais aussi du vin, de l’argent, des ambitions qu’il pourrait avoir légitimement.
Il a renoncé aux instincts ; son seul objet, c’est la machine. Ce qu’il sait, c’est que la fêlure introduit la mort dans tous les instincts, poursuit son travail en eux, par eux ; et que, à l’origine ou au bout de tout instinct, il s’agit de tuer, et peut-être aussi d’être tué.
Juin 1996. Nuit de la Saint-Jean. Trois jeunes gens, dans une clairière isolée, se livrent à d’étranges jeux de rôle. Bientôt, la fête tourne au drame. Août 1996. Alors que des parents signalent la disparition de leurs enfants, Svedberg, proche collègue de Wallander, est retrouvé mort, défiguré. La peur s’installe dans la région. Pour la première fois, l’inspecteur aux prises avec ses propres soucis est assailli par le découragement et le doute.
Svedberg menait-il une double vie ? Pourquoi les jeunes gens étaient-ils déguisés ? Pourquoi le meurtrier visait-il des victimes jeunes et heureuses ? Pris dans l’enchaînement des découvertes macabres et des rebondissements, Wallander parviendra-t-il à mener à bien cette nouvelle enquête qui s’annonce particulièrement ardue ?
Un écrivain marocain en exil raconte, par le truchement d’un personnage de vieillard, habitant d’un lointain village, et sur le mode le plus direct et le plus lyrique qui soit, ses hantises d’homme de la terre qu’il a quittée. Son passé jaillit, torturé, plein d’odeurs et de bouillonnements – la mantèque, c’est la graisse animale dans laquelle on fait la cuisine -, et son avenir de misère se fait jour aussi, au rythme des imprécations et des cris de joie, de la virulence politique et du grognement de plaisir. Voyage onirique, mémoire et histoire s’entremêlent ici pour nous donner à lire l’un des romans majeurs de Mohammed Khaïr-Eddine.
En pleine campagne suédoise, dans une ferme isolée, un couple de paysans retraités est torturé et sauvagement assassiné. Avant de mourir, la vieille femme a juste le temps de murmurer un mot : » étranger « . Il n’en faut pas plus pour qu’une vague de violence et d’attentats se déclenche contre les demandeurs d’asile d’un camp de réfugiés de la région. Les médias s’emparent du fait divers et lui donnent une résonance nationale. La pression augmente sur les épaules de l’inspecteur Wallander, chargé de mener l’enquête. Il va devoir agir vite, avec sang froid et détermination, et sans tomber dans le piège de la xénophobie ambiante qui brouille les pistes… La première enquête du désormais célèbre Kurt Wallander, personnage phare des romans de Henning Mankell.
Février 1991. Un canot pneumatique s’échoue sur une plage de Scanie. Il contient les corps de deux hommes exécutés d’une balle dans le cœur. L’origine du canot est vite établie : de fabrication yougoslave à l’usage des Soviétiques et de leurs pays satellites. Les corps sont identifiés : des criminels lettons d’origine russe liés à la mafia. Un policier de Riga est appelé en renfort à Ystad. Dès son retour en Lettonie, l’étrange major Liepa pour lequel l’inspecteur Wallander s’est pris d’amitié est assassiné. Wallander part alors pour Riga. Là, privé de tout repères, il se trouve plongé dans un pays en plein bouleversement, où la démocratie n’est encore qu’un rêve, un monde glacé fait de surveillance policière, de menaces non voilées, de mensonges. Où se cache la vérité ? À force d’obstination l’inspecteur suédois, réduit à ses seules intuitions mais désireux que justice soit rendue, parviendra à faire la lumière.
Scanie, avril 1992. Louise Akerblom, agente immobilière et jeune mère de famille, disparaît dans des conditions mystérieuses. Pendant ce temps, en Afrique du Sud, un groupe d’Afrikaners fanatiques prépare avec soin un attentat contre une importante figure politique. Quelques jours plus tard, le corps de Louise, le front troué d’une balle, est repêché dans un puits. L’inspecteur Wallander et son équipe enquêtent. Mais le passé de la victime est limpide et les recherches piétinent. C’est alors que les policiers découvrent près des lieux du crime le doigt tranché d’un homme noir. Y aurait-il un lien entre la réalité quotidienne de la province suédoise et la lutte politique sanglante qui se déchaîne à un autre bout du monde ? Wallander en sait peu sur l’apartheid ou sur la situation internationale. Et il ignore la relation qui peut exister entre l’ex-KGB et les nationalistes blancs d’Afrique du Sud. Cette fois, ce n’est plus le sort de quelques individus qu’il a entre ses mains, c’est le destin d’une nation.
Des animaux immolés par le feu, la tête et les mains d’une femme gisant près d’une bible aux pages griffonnées… Le commissaire Wallander est inquiet. Ces actes seraient-ils un prélude à des sacrifices humains de plus vaste envergure ? La propre fille de Wallander, impatiente d’entrer dans la police, se lance dans une enquête parallèle. Entraînée vers une secte fanatique résolue à punir le monde de ses péchés, elle va rapidement le regretter.
Appelé d’urgence au chevet d’un petit garçon cancéreux, le Dr Alex Delaware tente de convaincre les parents de faire soigner leur enfant. Affiliés à la sombre secte des « Toucheurs », ceux-ci refusent d’entendre raison. L’enfant disparaît mystérieusement de l’hôpital, et la chambre d’hôtel des parents est éclaboussée de sang. Alex n’a plus d’autre choix que d’appeler à la rescousse son vieil ami l’inspecteur Sturgis…
Le jeune policier Stefan Lindman est sous le choc : il vient d’apprendre qu’il a un cancer, et que son ancien collègue Herbert Molin a été torturé mort. Pour tromper son angoisse, il part à l’ autre bout de la Suède enquêter sur le meurtre de Molin. Que signifient les traces sanglantes sur le parquet, comme si le tueur avait dansé un tango avec le corps de sa victime ? Les ombres d’un passé très noir se réveillent.
Elles ont frappé, et vont frappé encore. Mais Stefan n’a plus rien à perdre…
Rien ne va plus pour le commissaire Laurenti : sa femme le quitte et son fils passe son temps dans un bar fréquenté par des ultra-nationalistes. Sa seule échappatoire est le travail, qui ne manque pas… Une maison vole en éclats, tuant un couple et leur enfant. Règlement de comptes crapuleux ou crime fasciste ? Sous la neige et le vent glacial, l’enquête s’annonce délicate…
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