L’essentiel de La Bête humaine, c’est l’instinct de mort dans le personnage principal, la fêlure cérébrale de Jacques Lantier, mécanicien de locomotive. Jeune homme, il pressent si bien la manière dont l’instinct de mort se déguise sous tous les appétits, l’Idée de mort sous toutes les idées fixes, la grande hérédité sous la petite, qu’il se tient à l’écart : d’abord des femmes, mais aussi du vin, de l’argent, des ambitions qu’il pourrait avoir légitimement.
Il a renoncé aux instincts ; son seul objet, c’est la machine. Ce qu’il sait, c’est que la fêlure introduit la mort dans tous les instincts, poursuit son travail en eux, par eux ; et que, à l’origine ou au bout de tout instinct, il s’agit de tuer, et peut-être aussi d’être tué.
Paris et ses prisons, ses égouts. Paris insurgé : le Paris de la révolution de 1848, des barricades sur lesquelles fraternisent les hommes du peuple. Paris incarné à travers la figure de Gavroche, enfant des rues effronté et malicieux. Hugo retrace ici avec force les misères et les heures glorieuses des masses vivantes qui se retrouvent. Les événements se précipitent, les personnages se rencontrent, se heurtent, s’unissent parfois, à l’image de Cosette et de Marius.
L’histoire du forçat évadé et de la petite miséreuse symbolise quelque chose de plus grand : avec Les Misérables, Hugo réalise enfin l’esprit du peuple.
L’inspecteur Ali n’est jamais pressé, même quand la sécurité du monde est enjeu. A fortiori quand une huile du gouvernement marocain le convoque pour lui annoncer une macabre découverte: un cadavre au fond d’un puits dans le patio d’un riyad, un palais de Marrakech. Entre deux bouffées de kif et quelques tajines épicés, Ali mène l’enquête grâce à son traditionnel réseau d’indics, composé de femmes de ménage, de chauffeurs de taxi et de caïds de la drogue. Mais il déploie cette fois ses antennes beaucoup plus loin que d’habitude, du côté de la France, des États-Unis et de l’Afghanistan. Qui est donc le mort du riyad, de quel réseau islamiste était-il le chef ? De la mafia marocaine aux coffres-forts des banques suisses, en passant par les hautes sphères du renseignement occidental, un gigantesque jeu de piste se met en place, où Ali progresse nonchalamment vers les secrets les mieux gardés de la planète.
Monseigneur, dit l’abbé de Grancour, tout est inutile, et nous aurons la douleur de voir mourir ce malheureux Tascheron en impie, il crachera sur le crucifix, il reniera tout, même l’enfer… Quand Tascheron doit-il être exécuté ? demanda l’Evêque. Demain, jour de marché, répondit monsieur de Grancour. Messieurs, la religion ne saurait avoir le dessous, s’écria l’Evêque. L’Eglise se trouve en des conjonctures difficiles. Nous sommes obligés à faire des miracles dans une ville industrielle où l’esprit de sédition contre les doctrines religieuses et monarchiques a poussé des racines profondes… J’irai voir ce malheureux.
Dans cette touchante histoire d’amour entre un grand spécialiste de l’hérédité et sa nièce, on trouve l’aboutissement d’une aventure familiale, celle des Rougon-Macquart, et un roman scientifique sur ce sujet si actuel, l’hérédité ou la génétique. Bref, une synthèse de l’art et de la pensée, Le Crépuscule des dieux ou Le Temps retrouvé de Zola, la fin d’une longue aventure qu’elle résume et conclut, et un » appel à la vie « , un splendide message d’espoir. » La vie, la vie qui coule en torrent, qui continue et recommence, vers l’achèvement ignoré ! la vie où nous baignons, la vie aux courants infinis et contraires, toujours mouvante et immense, comme une mer sans bornes ! «
Dostoïevski écrit Les Démons en riposte à un péril, celui d’un attentat anarchiste, et en soutien à celui qui deviendra le tsar Alexandre III. Il dépeint un monde où les nobles s’affrontent, laissant le champ libre à leurs ennemis, les socialistes, qui s’installeront durablement au sein de la nouvelle génération.
À partir de 1871, d’abord en roman-feuilleton, Dostoïevski met en scène un monde immense et, à travers la voix de son narrateur, donne vie à une impressionnante galerie de personnages. La multiplicité des rebondissements crée un suspense permanent, captivant. Si simples en apparence, les intrigues sont en réalité complexes et profondes. Sous ses allures de pamphlet prophétique, ce roman en dit beaucoup sur son époque, et plus encore sur la vision que l’auteur a de son pays.
L’âme se manifesta vers minuit. Elle marcha le long du rivage, écarta un buisson et descendit sur la grève. Elle m’y apparut, comme une petite blancheur. Cette blancheur erra un moment, puis s’approcha de l’eau. C’est alors que je perdis la tête. Je détachai la barque du mouillage, et tout doucement, à la perche, je la poussai. Elle m’obéit et se mit à glisser sur l’eau noire. » Voilà peut-être l’une des reconquêtes du XXe siècle, cette liberté poétique, cette remontée à la source des symboles et des images ! » (Jean Steinmann).
Illusions perdues raconte le destin de deux amis, l’imprimeur David Séchard et le poète Lucien de Rubempré. L’un restera à Angoulême, l’autre partira pour Paris à la recherche de la gloire. Comédie des moeurs provinciales et parisiennes, fresque sur les milieux de la librairie, du théâtre et du journalisme à Paris aux alentours de 1820, ce roman est plus qu’un roman. Il est tous les romans possibles.
En lui coexistent l’épopée des ambitions déçues, le poème lyrique des espérances trompées, l’encyclopédie de tous les savoirs. Avec Illusions perdues, Balzac nous donne le premier roman total, réflexion métaphysique sur le sens d’une société et d’une époque placées, entre cynisme et mélancolie, sous le signe de la perte et de la désillusion.
« Dans dix ans que seras-tu ? demande-t-on à Yalann Waldik, petit cireur algérien. « Je serai un cireur de vingt ans, si Dieu le veut ». Dix ans plus tard, Waldik fait vendre le dernier bouc de son père pour rejoindre, en France, les immigrés nord-africains, les Boucs, parqués en marge de notre monde et qui, « à raison de 69 kilos par Arabe » , représentent, dans les années cinquante, « 20 000 tonnes de souffrance » .
Ni l’amour de sa compagne Simone dont il a un enfant, ni l’amitié de Raus, ni la rédaction, en prison, du manuscrit des Boucs ne guériront Waldik de la révolte et de la haine – fruits de la misère et du racisme. Quarante-cinq ans après sa parution, le roman de Driss Chraïbi reste d’une poignante actualité.
Une petite ville, un microcosme de l’ancienne France, une vieille fille, Rose-Marie-Victore Cormon, qui hésite entre deux prétendants, le chevalier de Valois et l’ex-citoyen du Bousquier. Le chevalier est vieux, coquet, sans le sou, fidèle aux Bourbons. Du Bousquier est libéral, millionnaire et encore à peu près présentable. Grave conflit, lutte de clans. Du Bousquier l’emporte. Hélas, » le mariage sera essentiellement négatif » : du Bousquier est impuissant. Si Mlle Cormon avait suivi des cours d’anthropologie, si elle avait considéré le » nez prodigieux « , le » nez magistral et superlatif » du chevalier, et le » nez aplati « , » la voix de spéculateur éreinté » de du Bousquier, elle aurait évité » les effroyables malheurs de la vie conjugale « .
» L ‘état de célibataire, écrit Balzac, est un état contraire à la société « . Le célibat engendre la solitude, la frustration, la haine ; Pierrette, un des drames les plus sombres e La Comédie Humaine, nous montre comment les calculs de la sottise et de l’avarice aboutissent au meurtre de l’enfant. Le Curé des Tours met en présence les deux catégories d’êtres dans lesquels les poisons du célibat se développent de la manière la plus redoutable : la vieille fille et le prêtre. Remarquable document politique sur la puissance de l’Eglise sous la Restauration, Le Curé des Tours illustre en même temps le postulat balzacien selon lequel les existences les plus obscures recèlent autant de violence que les tragédies de l’histoire : le terrible abbé Troubert qui conduit à la mort l’innocent abbé Birotteau, c’est » Sixte Quint réduit aux proportions d’un évêché « .
» Parce que vous êtes « le plus suggestif de tous les peintres », je pense pouvoir vous faire revenir au Maroc par la magie du verbe. Je vous imagine en ce début d’année 1832, jeune homme élégant et réservé, quitter votre atelier de la rue des Fossés-Saint-Germain, laissant derrière vous une lumière retenue, empêchée par un ciel gris et bas d’éclater, une lumière brève et faible à laquelle les Parisiens finissent par s’habituer. Vous sortez de ce quartier et vous vous trouvez, quelques jours après, inondé par une lumière si vive, si pleine et même brutale que vous subissez un choc. Vous êtes à la fris en Méditerranée et face à l’océan Atlantique « . Tahar Ben Jelloun rend hommage à Eugène Delacroix, converti à la lumière lors de son voyage en Afrique du Nord. Mais au-delà du peintre génial, c’est la beauté de tout un pays qu’il célèbre : celle du Maroc.
93 conclut le dialogue que Hugo a poursuivi toute sa vie avec la Révolution. 93, c’est la Convention, » assemblée qui a eu un duel avec la royauté comme Cromwell et un duel avec l’univers comme Annibal » et qui a » tranché le nœud gordien de l’histoire « . Immense fresque épique, 93 est aussi l’histoire de trois hommes. Lantenac, l’homme du roi et de tout l’honneur de l’ancienne France. Cimourdain, le génie austère et implacable de la Révolution.
Entre eux Gauvain, neveu de Lantenac et fils spirituel de Cimourdain, aristocrate passé au peuple, que Cimourdain fera guillotiner pour avoir permis la fuite de Lantenac et qu’il suit aussitôt dans la mort. » Au moment où la tête de Gauvain roulait dans le panier, Cimourdain se traversait le cœur d’une balle… Ces deux âmes s’envolèrent ensemble, l’ombre de l’une mêlée à la lumière de l’autre. «
Une soirée d’été sur une île au large de l’Ecosse. Pôle de convergence des regards et des pensées, Mrs Ramsay exerce sur famille et amis un pouvoir de séduction quasi irrésistible. Un enfant rêve d’aller au Phare. L’expédition aura lieu un beau matin d’été, dix ans plus tard. Entre-temps, mort et violence envahissent l’espace du récit. Au bouleversement de la famille Ramsay répond le chaos de la Première Guerre mondiale.
La paix revenue, il ne reste plus aux survivants désemparés, désunis, qu’à reconstruire sur les ruines. Des bonheurs et des déchirements de son enfance, Virginia Woolf a fait la trame d’une œuvre poétique, lumineuse et poignante qui dit encore le long tourment de l’écriture et la brièveté de ses joies : visions fragiles, illuminations fugaces, » allumettes craquées à l’improviste dans le noir « .
Il est inexplicable que nous soyons vivants. Je remonte, ma lampe électrique à la main, les traces de l’avion sur le sol. A deux cent cinquante mètres de son point d’arrêt nous retrouvons déjà des ferrailles tordues et des tôles dont, tout le long du parcours, il a éclaboussé le sable. Nous saurons, quand viendra le jour, que nous avons tamponné presque tangentiellement une pente douce au sommet d’un plateau désert.
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